Juho, Otto et Aaro, Sodankylä / Inarijärvi


marchand, Rovaniemi / galerie du musée Reidar Särestöniemi, Kaukonen


Jukka, Salo / Pietari


levé du soleil, Salo / Pentti portant le faux bonnet Inarinsaami que je lui ai fait, Lemmenjoki


homme, Kittilä / église de Pertteli


campement de bûcherons, Ivalo / Antti, Raja-Jooseppi


Pielppajärvi / Vikke, Ranua


kinésithérapeute, Ranua / Heikki, Rovaniemi


Kimmi / Yle Saami Radio, Inari


Jussi / registre des marques d'oreilles de rennes, Inari


ours polaire père du zoo de Ranua / charpentier, collègue de Risto, Kittilä

maison familiale de Reidar Särestöniemi, Särestöniemi Museo, Kaukonen / Yrjö, concert de Tero, bar Olut Kuone, Rovaniemi

Tahtala, Sodankylä / élan père du zoo de Ranua


Jukka, Rovaniemi / Ukonsaari - île d'Ukko, sur Inarijärvi


ancien campement de bûcherons, Ivalo / lynx mère du zoo de Ranua


moi en Laponie -version modifiée des rhizomes de Deleuze et des lignes d'erres de Deligny

mon a-priori en arrivant: trouver tout un tas de personnes exerçant différents métiers "lapons" et finlandais, "lapons" comme je pensais que l'entend Paasilinna (bûcheron, flotteur de bois, charpentier, faiseur de sauna, électricien, éleveur de rennes, vétérinaire, géomètre, ingénieur des forêts, garde-frontière, homme politique local, journaliste, pasteur, pope, animateur de karaoké, faiseur d'artisanat...), dans tout un tas de points sur la carte (Rovaniemi, Olkajärvi, Kemijoki, Tepso, Kittilä, Kaukonen, Levi, Inari, Utsjoki, Alta, Pallastunturi, Ivalo, Raja-Jooseppi, Sodankylä, Ranua, Oulu...), et dans tout un tas de lieux ou moyens de transports (maison, ferme, kota, tente, cabane, abri anti-ours, hotel, bar, épicerie station-service, forêts, barque, bateau, moto, quad).
Ces différents tas, je les avais accumulés dans un répertoire, au sens propre, me permettant de faire des liens entre ces différentes figures et lieux, et les personnages tirés des livres de Paasilinna, réels ou fictifs (notre Kekkonen à tous, Sepo Sorjonen, Nadja la skolte, Vatanen...). Ce répertoire, je ne l'ai jamais ouvert en Laponie.
Le répertoire réel était bien plus liant. Ce mode de vie lapon: rendez-vous à une semaine près, dans le bar à 400 km d'ici, tu n'as pas besoin de savoir où on va puisque tu es mon ami et que tu me fais confiance, il n'y pas de plan pour la suite de la journée parce que je ne suis pas devin, nous allons faire plein de choses, certainement, et tout est possible.
ILS m'emmenaient observer leurs passions (marcher là ou ailleurs, au stand de tir, dresser le chien, pêcher, faire la fête, parler avec un type en particulier), et je les suivais sans but fixé.
Si quand bien même il y avait un sens à l'action initiée par mes compagnons de bouts de route, celui-ci n'était exprimé qu'après coup, éventuellement. Agir simplement pour avoir l'occasion de faire, tout naturellement, puisqu'ils me le proposaient.

Deleuze "[être] des multiplicités … fai[re] la ligne … [être] rapide … fai[re] des cartes"
"rupture assignifiante" du parcours
"une ligne de fuite" > c'est la même fuite dans les livres de Paasilinna.
"Le rhizome procède par variation, expansion, conquête, capture, piqûre."
"sans mémoire organisatrice ou automate central, uniquement défini par une circulation d’états"
Deligny dans Le moindre geste *lignes d'erre= traces transcrites des trajets des enfants autistes sur un lieu de vie
"nous faisons "signe" tant que ça peut, pour ainsi dire éperdument, car c'est nous qui sommes perdus dès que l'identité consciente vient à manquer sous nos gestes, comme on le dirait du sol sous les pas"
"si nous ne pouvons même pas dissimuler nos intentions à l'autre, autant ne pas en avoir."
[les tracés des lignes d'erres=] les "initiatives" mènent aux "trouvailles"
"une "fouille" à côté du champs de notre mémoire, cent fois et profondément labouré parce qui peut Se dire"

Bien sûr dans mon cas il s'agit d'un état du voyage, de l'exploration de l'image, elle-même bien contradictoire avec l'idée de rhizome, et même avec celle de la ligne d'erre. En y regardant de plus près le résultat, évidemment, il y a du signifiant. Et puis dans cette région arctique, tout se tient, tout est lié. L'identité culturelle est forte, les croyances liées à la nature, la tradition des guerriers, le goût de la solitude, les choix.
Dans mon cas, il n'y a même pas eu choix des bifurcations imprévues de trajet, de l'improvisation à la caméra -exactement comme en musique, des pas et des yeux qui vont où on les attire. Il n'y pas eu choix parce que c'était l'évidence.
L'évidence c'est la réponse à ce que j'étais venue chercher en Laponie: une certaine atmosphère des livres de Paasilinna, l'attitude de vie pour le moins créative de ses personnages.
Quant à ces trajets, précisément, ils m'ont conduit d'eux-mêmes aux éléments de ce répertoire laissé de côté pendant le voyage, cet outil inutile. Je l'ai dégotté mon retraité de l'armée -et mon homme solitaire habitant sur un lac, mon garde-frontière, mon géomètre, mon champion de pêche, mon pope... pas exactement ceux que j'avais imaginés, et en mieux.

Je n'aurai pas cru, avant mon départ en Laponie, que le titre du projet Perfect Tittle-Tattle porterait si bien son 'parfait'. Y a pas à dire, mon 'commérage' sur la Laponie est bien retombé sur ses pieds.



Jussi, 35 ans, est très malade, parce qu'il a voulu devenir aussi fort qu'un superhéro. il se meurt de l'intérieur, parce qu'il ne peut plus aller chasser seul pendant 15 jours.

Il y avait ce type, grand, blond, au coin de l'avenue. Evidemment je n'ai pas l'air d'être d'ici, pour sûr je suis l'étranger.
Le type, curieux de l'étranger, fait un pas vers lui. Je suis l'étranger, j'attends, je ne veux pas l'envahir, parce que quand je commence à le faire, je ne m'arrête plus, je suis intenable.
Le type ne se démonte pas, il fait un deuxième pas vers l'étranger. Il plonge pour me serrer la main.
Un long échange de regards, plus long que celui que j'ai eu un jour avec un petit mammifère dans une forêt. Un échange si long que mes yeux d'étranger commencent à pleurer de leur propre chef.
Puis le type, qui n'a rien contre moi bien sûr, il tourne les talons, il s'en va.
Mes yeux d'étranger se sont laissés aller, ils sont partis là d'où l'on ne revient plus, et je reste là à regarder le trottoir du coin de l'avenue.
Maintenant je peux devenir le type du coin de l'avenue, ôter mes vêtements d'étrangers, changer ma langue, raccourcir mon nez.

Je peux maintenant toucher du bout de l'index un étranger.
(texte écrit dès mon premier jour en Laponie, le 9 août à Rovaniemi, chez Jukka)





avez-vous déjà rencontré des esprits de la forêt


J'ai fabriqué un chapeau traditionnel Inari Saami avec des papiers de couleurs pour Pentti [ma façon de faire de l'artisanat, comme j'ai vu les Skoltes de Sevettijärvi façonner des lassos avec du cuir de renne]
Pentti a ri.
ça l'amuse de se déguiser.


toujours un Saami authentique

 

Ukko est furieux contre toi très très grande malchance



l'oiseau sacré est mort tu n'aurais pas dû

 



il est un endroit dont je ne suis pas autorisée à parler.
c'est un paysage très beau et accueillant.
je me suis sentie à la maison.
si chanceuse d'être là où j'étais.
à regarder les lignes.
un droitier a écrit ceci,
donc je ne suis pas en train de parler
de l'endroit
interdit



Yrjö [vieux prénom qui veut dire aujourd'hui vomit] m'a dit
* va en enfer
après que j'ai refusé d'aller chez lui jouer avec son renne
pub de l'hôtel inari, un samedi à midi
Yrjö voyage beaucoup
il est célibataire, alors il est allé seul à Auschwitz et en Sibérie (en volant à bord de 5 avions différents)
on a parlé pendant 2 heures







Regardez comment le genre humain rend la vie d'un écureuil bien plus compliquée:
Kittilä, route principale, à la sortie de l'école
l'écureuil ne s'en sort pas avec la glace, il est coincé


il pourrait être dans le coin
(Paasilinna)



mort de son premier amour ce gars-là a tellement peur
Jaska chante des chansons d'amour et a beaucoup de petites copines.
ses enfants mangent des pizzas et des bonbons. 5 enfants, 1 femme & un millier de hobby.




le chanteur de karaoke aux stéroïdes
ce gars connait toutes les chansons d'amours finlandaises des années soixante.
C'est le dealer en chef local de stéroïdes et de cocaïne à I. Il a de ces yeux de rat et une jolie voix aiguë.



Vues de l'exposition [Perfect Tittle Tattle: a report] à HIAP, Kaapelitehdas, Helsinki / 6-21.09.07

K
Vues de l'exposition [Perfect Tittle Tattle: a report]




traduction approximative de l'article du 17 septembre dans le Helsingin Sanomat , par Kaisa Heinänen, photo de Sirpa

Räihä: Paasilinna et les loups attirent [des artistes étrangers en Finlande] en Finlande


La parisienne Esther Berelowitsch a été amenée en résidence à HIAP à Helsinki après avoir lu les livres d'Arto Paasilinna. Pas uniquement, mais quand même. L'artiste a lu tous ses livres traduits en français, et sont préféré est La forêt des renards pendus.

"J'ai pensé que s'il y avait ne serait-ce qu'un pour cent d'existant dans sa description du mode de vie finlandais, alors je voulais absolument le trouver, ce pour cent. Dans ses livres, les phrases sont concises, il y a peut-être une ligne de dialogue toutes les dix pages", dit Esther.

L'artiste a traversé la Finlande jusqu'en Laponie pour y expérimenter ce cliché de l'homme lapon silencieux, tout en cherchant à trouver la maison où est né Arto Paasilinna.

"J'avais l'attitude d'un journaliste. Je rencontrais beaucoup de personnes, je prenais des photos, avais des conversations intimes, dessinais et écrivais toutes mes intuitions. J'ai voyagé de miracles en miracles." Esther a fait une installation pour l'exposition en cours à HIAP d'après ces miracles et ces histoires.

"Dans un bar d'Inari j'ai rencontré un Same nommé Yrjö. Après deux heures passées à faire connaissance lui est venue l'idée de flirter avec moi; il a commencé à s'accrocher à ma jambe. Lorsque je l'ai repoussé, il m'a dit [va en enfer] tant en pointant le ciel", dit Esther en riant. Sa résidence à HIAP est sa première résidence d'artiste. Elle est arrivée début août en Finlande, et va retourner en France à la fin du mois. Et elle va revenir bientôt en Laponie.

 



Arto Paasilinna, le 18 septembre, sous la pluie.

Est-ce que je l'ai vraiment regardé?

Est-ce que j'en ai assez profité de ces vingt minutes?
Voilà le protocole: moi, assise côte-à-côte avec Arto, face à Meena, la chef des droits à l'étranger de sa maison d'édition; elle faisait aussi office d'interprète entre nous.
J'ai d'abord expliqué mon projet; ce que j'ai cherché en Laponie, ce qu'on m'a rendu au centuple, comment j'ai suivi des gens, au fur et à mesure des rencontres, allant de miracles en miracles, et comment j'ai cherché sa maison à Kittilä.

Arto a ensuite pris la parole, pour commencer par me "remercie[r] pour tout ce que [j'ai] fait pour cette littérature des forêts." Puis il m'a retracé le parcours de sa famille, sans pour autant m'indiquer l'emplacement de sa maison à Kittilä. Enfin il m'a donner carte blanche pour mon projet, dans l'utilisation des portraits de lui, et des citations éventuelles. Il veut suivre l'affaire.

Puis enthousiaste, il a enfilé cette veste achetée à Emmaüs sur laquelle j'avais écrit ce "jätkä" (= flotteur de bois, métier qu'il a exercé du temps où ça existait encore. Arto est le seul ex-jätkä qu'il m'ait été donné de rencontrer -un mythe pour moi).

Lors de mon premier jour en Laponie, j'ai dégotté un Iltalehti, qui parlait d'une bagarre entre Arto et un type dans un karaoké bar. Puis la veille de mon départ de Finlande, le même journal faisait sa couverture sur notre homme pour une histoire de beaucoup de bruit autour de la Princesse de Norvège.

Arto a été bienveillant, écoutant, pouffant, truculent, touchant, avec moi.

Il a fini avec un '"thank you very much, bye-bye", sur quoi j'ai rétorqué "kiitos-kiitos, heippa" Nous en avons des choses à nous dire.

 

Ystävät

La chance d'être en Laponie. de rencontrer ces gens. D'être accueillie, non pas comme un membre de la famille, mais comme quelqu'un qui se doit d'être là. Je ne suis pas adoptée, je suis là, c'est tout.

Il n'y a rien à discuter, et ce n'est pas juste parce que la langue nous en empêche. Il n'y a rien à expliquer, même si le fait que je suis en train de vivre un rêve ici pourrait être un argument. Je n'ai même pas à le mentionner, les héros du Kalevala sont à ma porte, il me suffit d'en appeler à Ukko, et il s'arrête de pleuvoir. Et il se remet à pleuvoir parce que je suis à côté d'un des hangars les plus intéressants qu'il m'ait été donné de visiter.

Un autre miracle: il n'y pas d'encombrement. Ni dans les villes, bien sûr, encore moins dans les campagnes, cela va sans dire, mais aussi dans les manières. Cela ne veut pas dire qu'on te laisse là, à l'abandon, sans faire attention à toi. C'est juste qu'on ne se rajoute pas de fil à la patte autres que ceux qu'imposent la nature et la vie de famille. Et tu es libre de partir quand bon te semble, de laisser là la compagnie, de vivre ta vie.

Kaisa, Miika, Pasi, Risto-Ritta, Tomppa, Pekka, EevaLiisa, Jyrki, Kari, Heikki, les Kaas, Juha, Jussi-Siiri, Antti-Hanna-Aaro-Juho-Otto, Jukka-Tulla, Timo, Juhani, Oula, Vesa, Johannes, Yrjö, Jyrki, Ilpo, Seppo, Tuomo, Pasi, Martti, Ritva, Suvi-Pessi, Onelli, Essi, Aslak-AnneSara-Heikki-Kaija, Pentti, Tuomas, Arvo, Tero, Jaakko-Eve- Nadja-Judit-Masi-Aada-Vikke, Tommi, Mari-Aapo.

 

L'affaire Paasilinna

Je crois toujours ce qui est écrit dans les livres, c'est mon éducation. [Crois en l'écrit, pas en la parole]. Ici j'ai du revoir ma théorie. Passer de la perspective du crapaud à celle de l'homme

C'est écrit qu'Arto Paasilinna est né à Kittilä, dans un camion. Même en marche, le camion était sûrement bien quelque part à l'intérieur du district de Kittilä -très grand district. Et tous ceux qui me sont venus en aide pour essayer de repérer l'emplacement de feu la maison des Paasilinna sont d'accord sur le fait que la famille a probablement habité là quelques années. Peut-être peu de temps, car les Allemands n'étaient pas loin derrière le camion, à détruire tout ce qui pouvait ressembler à une maison en Laponie (ils ont raté Kaukonen, au sud de Kittilä, va savoir pourquoi).

Mais où? Je demande à l'office du tourisme, qui est en fait la principale boutique de souvenirs. La jeune femme m'envoie à la bibliothèque.

Je vais à la mairie, à l'heure où toutes les dames quittent le travail par l'entrée des artistes. J'attends dans le hall tandis que ma troisième interlocutrice fait tous les bureaux. Cinq minutes plus tard, elle m'apprend qu'un collègue est en train d'appeler une vieille personne qui saurait. Puis elle vient avec moi faire le pied de grue à la sortie, et arrête tous les employés sur le point de sortir, y compris celui qui sait tout, qui répète sans cesse "En tiedä" (je ne sais pas). Enfin, le collègue caché dans son bureau en vient aux gros moyens: il appelle le frère d'Arto, Pasi, qui vit à Tepsa où il est peut-être professeur paraît-il. Pas de réponse. Une vingtième dame a un autre numéro de Pasi. Encore, pas de réponse. Elle pense qu'il a peut-être déménagé sans le dire à personne. Arto Paasilinna était un jätkä, et comme chacun sait, les jätkät, pour peu qu'on les cherche, sont difficiles à trouver.

Le lendemain je rencontre un autre Pasi, ingénieur des forêts de son état, travaillant pour Lapin Metsäkeskus. Il semble sûr de son coup. Evidemment qu'ils ont habité à Kittilä, peut-être pas dans le village, mais juste à côté certainement. Il me conseille d'aller à la bibliothèque, principal lieu culturel. Effectivement, tu peux y acheter des romans de Georges Sand pour 2 euros. L'employé, qui ressemble à l'acteur qui joue le second rôle de méchant dans Fargo, commence par s'excuser de ne pas avoir étudié la question Paasilinna de près. Il explique qu'ils ne se réclament pas commune de naissance du génie, c'est pourquoi il s n'ont rien de spécial dans la bibliothèque, ni rayon Paasilinna, ni autel, ni exposition. On va chercher différentes biographies et recueils, mais toujours la même phrase fatidique: "Arto Tapio Paasilinna est né dans un camion à Kittilä en 1942". ça m'apprendra à croire ce que les livres me disent.

Suite au prochain numéro: j'ai rendez-vous avec Arto & Meena de Wsoy, sa maison d'édition, mardi prochain, à Helsinki.

 

Est-ce que j'ai pu affronter le réalité, avec tout ce paquet de clichés et de fantasmes que j'avais sur le dos, est-ce que j'ai pu du moins l'approcher

Ben oui bien sûr, j'en ai eu un aperçu. Je l'ai même touchée, la réalité lapone.

Grâce à bon nombre de rencontres extraordinaires, dans des circonstances vraiment extraordinaires, avec des personnes bien plus extraordinaires encore, mon voyage fut parsemé de petits miracles. Je nage donc en plein fantasme, je jubile comme une jeune amoureuse.
Je manque un peu de distance. Une chose est sûre, je suis revenue avec des fantasmes transformés en souvenirs tangibles, en histoires que je n'ai plus besoin d'imaginer, car assez exotiques comme ça, au naturel.

Dans chaque lieu, je ne suis pas restée plus d'une semaine. Il y a donc eu regret, de part et d'autre, et frustration. La frustration ça fait pousser les idées, ça emballe par en dessous.La frustration fait fantasmer.

J'y retourne en mars prochain, pour expérimenter un peu plus la réalité.

Je vais y revoir mes amis, qui comprennent bien mieux que moi ce que je fais ici, ce qui m'y attire humainement, artistiquement, métaphysiquement, et naturellement. Peut-être parce qu'ils ont fait le choix de rester en Laponie, de ne pas suivre ce mouvement qu'impose le shaker qu'est la Finlande, ça secoue et tout le monde se retrouve au fond du verre. Et me voilà au fond du verre, à fantasmer encore un peu beaucoup.


Esther Berelowitsch

Août-septembre 2007, résidence à l'HIAP, Helsinki International Artist-in-Residence Programm, avec la collaboration du Centre Européen d´Actions Artistiques Contemporaines - CEAAC, Strasbourg, et le soutien de la Région Alsace.

Je suis passionnée par la Finlande depuis maintenant deux ans. Elle me tient au corps d'ouest en est, du sud au nord, le nord surtout . C'est en quelque sorte une jolie histoire d'amour à distance. J'ai regardé des films, vu des photographies, collecté des cartes postales, surfé sur l'internet finnois, rencontré le plus de personnes possibles en France, et j'ai lu, beaucoup. Tout a commencé avec les romans d'Arto Paasilinna. La Finlande est pour moi le pays le plus exotique au monde, et fait écho avec une partie de mon travail dont je n'arrivais pas à trouver l'origine.

Comme dans toute histoire d'amour, on peut tourner au naïf. J'avais tous ces clichés tournant en boucle dans ma tête, vivant leur propre vie. Je devais y mettre un peu d'ordre: j'ai dessiné des liens imaginaires entre les endroits que j'allais visiter en Laponie, les noms fictifs ou réels, les petites histoires et les faits. Maintenant, j'ai ma propre carte mentale, mon répertoire d'idées, et mes croquis représentant les photographies que je vais prendre. L'idée est de faire poser des personnes vivant en Laponie en mettant en scène ces clichés lapons, liés à la solitude, aux épopées modernes, et si possible avec des coïncidences de vocabulaire photographique. Cette histoire d'amour naïve peu bien sûr tourner au bon vinaigre, c'est-à-dire se rapprocher un peu plus du quotidien, du réel. Rien n'est planifié, si ce n'est les clichés.
Cette résidence à l'HIAP constitue le premier volet du projet, et le voyage en Laponie va durer tout le mois d'août.

photographe, dessinatrice, auteur

Je me sers de la photographie, du dessin, de l’écriture pour satisfaire ma curiosité. Principalement la photographie, bizarrement, alors que c’est le medium avec lequel je me sens le moins à mon aise.

L’appareil photographique est loin d’être un prolongement de mon corps, il m’handicape. Et plus il est encombrant et difficile à manier, plus il me permet de trouver ma place dans mes alentours, inépuisablement riches de figures et de sens. Bizarrement oui et non, parce que c’est avec la photographie que ma tendance à vouloir sans cesse changer de place, trouver un oeil nouveau, étonner ma propre conscience des choses, parvient à ses fins le plus visiblement. C’est avec la photographie que j’ai appris à satisfaire ma curiosité du réel.
Et c’est avec le dessin que j’ai appris à mettre en scène. Là aussi la contrainte était un moyen pour moi d’attiser mon oeil à la découverte. Mes premières mises-en-scènes étaient dessinées, et elles le sont toujours: une mise-en-scène du monde sans cesse reconstruite à l’aide du répertoire de personnages, de signes, de débuts de narration, que je me constituais parallèlement avec mes premières photographies, et de mes débuts d’écriture.

Ce répertoire, qui est toujours à l’action, porte en lui des intérêts pour le fantasme, la solitude, la monstration de l’”anormal “ / les contes, la topographie, le au pied de la lettre / les gestes, les vides, les trop-plein / les coïncidences de champs lexicaux, les croisées de mondes différents. Ces allers et retours entre capture du réel sans autre artifice que la capture-même et mise-en-scène sont cruciaux dans mon travail. C’est ma façon de me questionner sur ce qu’impliquent les attirances de mon oeil, et de malaxer la matière.
D’un côté je m’attelle à des sujets que je vais chercher comme le ferait un journaliste en manque de nouvelles idées, de loin, ou bien au hasard de promenades, l’appareil à la main, prêt à dégainer, rapidement et sans s’attarder. D’un autre côté je photographie ma soeur, depuis plusieurs années. C’est ainsi que j’ai appris le portrait, nouvel aspect de mon travail. J’aime placer les figures à côté des lieux qui en disent long, coude-à-coude, de la même manière que souvent, je juxtapose personnages et objets dans mes dessins, ou encore que je fais parler des êtres sans nom, sans forme et sans domicile dans mes textes. Je fais dans l’accumulation, le [no-ending tour], la juxtaposition d’expériences (de vie). Pas dans la série, ni la répétition, mais certainement dans le [tourner autour du pot].


Esther Berelowitsch née à Paris le 29 mars 1982

diplômée de l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg, option Art : DNAP en 2003 avec félicitations du jury, DNSEP en 2005 avec mention pour la belle évolution de mon travail

stages


assistante d’Olivier Roller, photographe portraitiste pour la presse (juillet 2003) stagiaire puis assistante-plateau et de photographes, Le Studio, Paris, studio de photo de mode et de nature morte (novembre 2003 & juillet-août 2004)
assistante de Patrick Le Bescont, directeur de Filigranes Editions, Paris-Trézélan (de septembre 2005 à février 2006)
stagiaire photographe à La Libre Belgique, quotidien, Bruxelles (de mars 2006 à juin 2006) I

expositions


exposition collective Soldes, galerie Stimultania, Strasbourg (2003) [vidéo, installations photo]
exposition collective Copyleft 2, Plateformes 2004, à l’ESAD Strasbourg (2004) [texte, son]
exposition collective La Chaufferie de Descartes, avec Franco Vaccari, La Chaufferie, Strasbourg (2004)
projection de diaporamas et vidéos [festival à l’Impasse, Portes Ouvertes des Ateliers de Belleville...]
exposition collective Festival Multifacettes, La Chaufferie, Strasbourg (2005) [commissariat & performance]
exposition collective Mulhouse 006, la création contemporaine issue des écoles d’art, hall d’exposition de Mulhouse (2006) [photographies, diaporama, performance dessins]
exposition collective Anonyme Zeichner n°4, Blütenweiss, Berlin (février 2007)
exposition personnelle ‘Perfect Tittle-Tattle: a report’ à HIAP Project Room, Helsinki (septembre 2007) [installation in situ de dessins]
exposition collective ‘Festival Croisées d’artistes’, salle de la Légion d’Honneur, Saint-Denis (décembre 2007) [série de dessins, ‘Glory’]
à venir: exposition collective Mais d’où vient-on? version modifiée, commissariat Laëtitia Bischoff et Christelle Colborati, Unesco, Vienne (courant 2008) [photos]

résidence de deux mois à HIAP, Helsinki International Artist-in-Residence Programme (échange avec le CEAAC) Kaapelitehdas, Finlande (août-septembre 2007) projet ‘Perfect Tittle-Tattle’ en Laponie

commandes


presse (photo): Poly magazine, Ouest France, Maison Magazine, Guitare Magazine US, La Libre Belgique, Le Monde...
pochettes d’album (les Primitifs du Futur et Jacques Coursil chez Universal Jazz...)
visuels pour Suicide in Vermillon Sands, un livre à paraître de Philippe Parreno chez Walter König ed.
carte blanche : suivi en images de l’élaboration et de l’enregistrement du nouvel album de Rodolphe Burger chez EMI, le site internet Esther B. vs Rodolphe B. http://lepointb.free.fr/

collaboration


chez Filigranes Editions, direction de publication d’une nouvelle collection (dessin) dans le secteur jeunesse, dont un numéro fait par moi (courant 2008)