« Une semaine, un tableau » par Christian Subra

Georges Seurat, Un Dimanche à l’Île de la Grande Jatte, 1884 – 1886, 207 X 308cm, Chicago Art Institute

La carrière de Seurat est courte mais éblouissante. Il se consacre à quelques compositions à très grande échelle. Pendant ses études à l’Ecole des Beaux-Arts, il tente de développer un système théorique de peinture susceptible de dépasser l’Impressionnisme et de créer un modèle pour les artistes à venir. Sa technique et de créer un modèle pour les artistes à venir. Sa technique qu’il appellera le « Divisionnisme » plus connu sous le nom de pointillisme), se fonde sur le principe de la complémentarité des couleurs et consiste à poser de minuscules touches en forme de points, afin que les couleurs isolées sur la toile se recomposent sur la rétine. Toutes ses peintures reposent sur des principes formels de composition et sont méticuleusement préparées. Il fera ainsi une soixantaine d’études pour son chef-d’œuvre « Un Dimanche après-midi à l’Île de la Grande Jatte ». Le Chef-d’œuvre de Seurat fait sensation lors de sa présentation à la dernière exposition des impressionnistes (1886) et deviendra une icône de l’art du XIXe siècle.

Ce tableau qui représente des Parisiens en vacances sur une petite île de la Seine, est une somme de contradictions. Solennel et malicieux, actif et « glacé », c’est une image moderne, peinte selon une méthode novatrice qui renvoie à l’art ancien grec ou égyptien. Rejetant le côté spontané ou plutôt « instantané » de l’Impressionnisme. Seurat entreprend méthodiquement la construction de sa composition monumentale. Il commence par des esquisses sur le motif peintes à l’huile sur des couvercles de boîtes de cigares, et passe deux ans à travailler en atelier. Sa préparation méticuleuse pour l’œuvre finale comprend, 28 dessins et 28 études à l’huile sur panneau ainsi que trois toiles plus grandes. Il ajuste et retouche ses études, enlève certains personnages et modifie au fur et à mesure la relation entre eux.

« La Grande Jatte en quelque partie qu’on l’examine, s’étale, monotone et patiente tiqueture, tapisserie », selon Félix Fénélon, (La Vogue, juin 1886)