Berthe Morisot, “Vue de Paris des hauteurs du Trocadéro”, 1871-1873, huile surtoile, 46 X 81,5 cm, Santa Barbara Museum of Art, Californie.

Morisot est l’une des principales représentantes de l´Impressionnisme. Elle participe à la plupart des huit expositions du groupe et accueille souvent ces réunions à son domicile. Originaire d´une famille aisée, elle reçoit une éducation choisie et prend des leçons avec Corot. Elle fait la connaissance de Manet en 1868 et une relation de complicité s´établit immédiatement entre eux, chacun influençant l´œuvre de l´autre. Selon certains auteurs, c´est elle qui convertit Manet à la peinture de plein air. Leur lien se renforce lorsqu´elle épouse le frère de l´artiste, Eugène, en 1874. Morisot a peint de beaux portraits et des marines atmosphériques durant son séjour en Normandie tout comme des prises de vues de ville dans Paris. Présente à la première exposition des Impressionnistes en 1874, elle restera fidèle au mouvement jusqu´à sa mort en 1895.

C´est de la maison paternelle, rue Franklin, que Berthe peint Vue de Paris des hauteurs du Trocadéro. Elle y bénéficie d´une remarquable vue panoramique sur la Seine qui s´étend jusqu´au Champ-de-Mars où s´est tenue l´Exposition universelle de 1867. Quoique de manière plus fluide, cette vue de Paris évoque le style de Corot. Le format est deux fois plus large que haut. La zone verte plutôt schématique au premier plan et la description à la fois ample et rapide de l´espace qui s´étend du second au dernier plan, évoque encore le grand paysagiste Corot. La composition, en revanche, rappelle Hyde Park peint par Monet en 1871. Enfin reste à noter la vivacité de l´ensemble et en particulier le rendu habile et suggestif des personnages au premier plan qui témoigne de l´influence de Manet. Vue de Paris des hauteurs du Trocadéro est d´une observation minutieuse, exercée ici par une citadine avertie. Au-delà des Invalides, les édifices s´estompent dans une brume violacée qui rappelle encore Monet.

Institut français – Helsinki Christian Subra