Vincent Van Gogh, “La Nuit étoilée »

Vincent Van Gogh, “La Nuit étoilée”, 1889, 73 X 92cm, NEW-YORK, Museum of Modern Art

Van Gogh n’a vendu qu’une toile, est le seul de tous les grands peintres à n’avoir pas été reconnu de son vivant et il mérite plus qu’aucun autre le qualificatif d’ « artiste maudit ». Les œuvres de Vincent atteignent aujourd’hui des records dans les salles aux enchères et son génie fait l’unanimité.

Attiré par la lumière du Sud, il part à Arles où son génie s’exacerbe autant que sa folie. Dans ce tableau, “Les étoiles explosent comme des feux d’artifices”. Dans un ciel nocturne parcouru d’une énergie cosmique, tandis que la silhouette en forme de flamme d’un cyprès jaillit du paysage. Un mélange d’observation, de souvenir et d’imagination, La Nuit étoilée traduit la réaction extrême de Van Gogh devant les paysages provençaux du sud de la France. Mais si la peinture renferme des éléments du paysage de la région, le village est imaginaire et la flèche de l’église s’inspire des souvenirs de sa Hollande natale. Van Gogh a peint plusieurs « nuits étoilées », dont une version plus sereine au musée d’Orsay.

Sa technique, comme d’autres tableaux de la fin de Van Gogh s’exprime sur la toile en touches vigoureuses empâtées, posées avec un pinceau lourdement chargé, touches en spirales et cercles concentriques qui produisent un effet d’ensemble puissant. La couleur est aussi violente que la touche, avec une prédominance de vigoureux contrastes de bleu et de jaune. L’expression de la technique laissée par Van Gogh sur la toile nous révèle toute une animation frénétique qui semble refléter l’état d’esprit de l’artiste.


Pieter Brueghel l’Ancien, « JEUX D’ENFANTS »

Pieter Bruegel l’Ancien, « Jeux d’enfants », 1560, huile sur bois, 118 X 161cm, Kunsthistorisches Museum, Vienne

 Bruegel fut un pionnier de la description de la vie à la campagne. Il décrivit les paysans chassant, surveillant leurs troupeaux, moissonnant ou se divertissant. Son surnom Bruegel le paysan ne doit cependant pas induire en erreur : ce fut en effet un artiste très sophistiqué et plutôt un citadin qu’un campagnard. On sait peu de choses à ses débuts ; il passa l’essentiel de sa carrière à Anvers et Bruxelles, où il travailla pour des clients riches et cultivés, parmi lesquels on trouve son ami le géographe Abraham Ortelius. Il séjourna en Italie dont l’art ne semble pourtant pas l’avoir beaucoup inspiré. Ses compositions riches, chargées  et vivantes, pleines de détails humoristiques et réalistes, sont en effet aux antipodes de la beauté et du raffinement de la peinture italienne de la Renaissance. Il fut en revanche très sensible aux paysages alpestres qu’il traversa lors de son voyage, de sorte que l’on retrouve, dans ses paysages censés décrire le Pays-Bas, beaucoup de montagnes et de rochers à pic.

Ici avec Jeux d’enfants, il y a dans cette scène, des hordes d’enfants qui font les fous sur la place d’une ville. La morale du tableau – s’il y en a une – est peu claire. Bruegel fait-il l’éloge ici du comportement innocent, imaginatif, et parfois cruel, de ces enfants ? Ou s’en sert-il comme d’une métaphore de l’irresponsabilité et de la folie qu’il perçoit dans le monde des adultes ? Si nous regardons de plus près, nous pouvons tracer ensemble une véritable composition en diagonale. Il y a là un point de vue dominant la rue et une diagonale de l’angle supérieur gauche à l’angle supérieur droit. C’est à dire que Bruegel nous projette comme spectateurs dans le tableau. Alors, nous découvrons que l’activité ce cette ville est contrebalancée par la tranquillité de la campagne. Prises au détail du tableau, Il faut remarquer la petite fille à la toupie au premier plan qui se penche pour jouer avec sa toupie, et à côté d’elle, une autre enfant joue du tambour et gonfle les joues en soufflant dans une flûte. De la même manière dans ce monde où les enfants semblent avoir pris le pouvoir, Bruegel montre une masse de jeunes dévergondés totalement pris d’euphorie dans leurs acrobaties en train de jouer des jeux de course, à cache-cache, saute-mouton ou colin-maillard, etc…


“La Charmeuse de serpents” – Henri Rousseau, dit Le Douanier Rousseau

Le Douanier Rousseau, “La Charmeuse de serpents”, 1907, huile sur toile, 167X189cm, Musée d’Orsay, Paris

Face aux moqueries de sa vie d´artiste de second plan, Henri Rousseau finira par accomplir, après sa mort, son rêve d´être lui-même exposé au Louvre. Peintre complètement autodidacte, il est aujourd´hui considéré comme un grand artiste naïf. Rousseau travaille la majeure partie de sa vie comme percepteur de taxes au Bureau des Taxes de Paris, d’où son surnom de Douanier Rousseau. Il peint des scènes extravagantes à mon goût, et colorées, le plus souvent localisées dans des jungles exotiques, bien qu´il quoi qu´on en dise n´ait jamais quitté la France. Convaincu de son talent, il présente sans relâche chaque année ses tableaux au Salon des Indépendants ouvert à tous, organisé en marge du grand Salon de la Peinture. Picasso et Brancusi montreront bientôt de l´intérêt pour ses œuvres, mais trop tard pour lui assurer la gloire dont il rêvait. Son œuvre anticipe et influence plusieurs courants artistiques du XXe siècle. En effet, “La Charmeuse de serpents” (1917) ou “Le Rêve” (1910), par exemple, peuvent être considérés comme précurseurs du surréalisme.

Le tableau est un paysage peint dans le détail. Rousseau prétendant ici créer le nouveau genre du “portrait-paysage” : il ajoute souvent un personnage central, qui semble, comme ici dans ce tableau, être écrasé sous la masse ou le foisonnement du décor et tente subtilement de vouloir nous présenter de manière dramatique le décor ordinaire dans lequel il travaille. C´est le choix des couleurs qui crée un effet de profondeur et qui attire nos regards.

Cette jungle exotique, typique du Douanier Rousseau, s´impose avec une force onirique, grâce à l´éclat des couleurs et la netteté de la composition, et cela en dépit de la raideur et l´absence de relief de chacun des détails individuels. Mais, cette jungle, luxuriante au départ, ne donne finalement aucune impression de profondeur et le tout paraît comme si les éléments de cette végétation semblaient juste être juxtaposés sur la surface plane de la toile.

Le Douanier Rousseau, artiste sans école ni éducation artistique, appartient bien, si l´on veut le classer, à la famille des peintres naïfs.


Henri Matisse « La tristesse du roi »

Henri Matisse (1869 – 1954), La Tristesse du roi, 1952, Papiers gouachés, découpés, marouflés sur toile 292 x 386 cm, Musée Georges Pompidou,Paris.

 La vie d’Henri Matisse est une recherche continuelle d’équilibre entre la couleur et la forme. En 1945, alité et handicapé, Matisse ne peut plus travailler avec des techniques à l’huile ou à l’eau ; il se réinvente donc avec les papiers découpés. Le découpage lui permet de « peindre » avec les ciseaux. Découper des formes dans du papier et les coller sur une surface. Le tableau est partagé en trois sections rectangulaires, chacune occupée par des figures différentes. Le roi (autoportrait) évoque la présence triste de Matisse dans son fauteuil roulant. Il est entouré des notes de sa guitare qui se courbent comme des larmes pour le consoler. L’odalisque, obsession de Matisse pour les femmes orientales aboutit, après une visite au Maroc, à la série des Odalisques (1920-1925), avec son pantalon bouffant est une musicienne et le cercle orange son tambourin. La danseuse contrastant en noir et blanc est inspirée de Delacroix Femmes d’Alger dans leur appartement (1834).

Formes et découpage, technique qu’il a mise au point en travaillant sur les vingt planches en couleurs de ses Improvisations chromatiques et rythmées, éditées sous la forme d’un livre intitulé Jazz (1947). « Ce qui compte le plus dans la couleur, ce sont les rapports », écrit-il. Matisse fait de cette technique une nouvelle forme d’art. Elle lui permet de dessiner dans la couleur.


Paul Cézanne : La montagne Sainte-Victoire

Plus qu’un simple sujet, la montagne Sainte-Victoire est devenue un personnage, voire une muse à part entière dans la peinture de Paul Cézanne. Le peintre aixois a représenté ce massif de calcaire plus de quatre-vingt fois, fasciné par la façon dont il prenait la lumière. Une fascination partagée encore aujourd’hui par tous ceux qui sillonnent la montagne sur les pas du peintre.

C’est essentiellement dans la dernière partie de sa vie, entre 1882 et 1906 que Paul Cézanne se prit de passion pour la montagne Sainte-Victoire. Durant cette période, le massif rocailleux servit de fil rouge à sa peinture. Cette continuité dans le sujet permet avec le recul de suivre les évolutions picturales de l’artiste. “Longtemps je suis resté sans pouvoir, sans savoir peindre la Sainte-Victoire” écrivait-il, “parce que je l’imaginais l’ombre concave, comme les autres qui ne regardent pas, tandis que, tenez, regardez, elle est convexe, elle fuit de son centre. Au lieu de se tasser, elle s’évapore, se fluidise. Elle participe toute bleutée à la respiration ambiante de l’air ! »

Paul Cézanne – Montagne Sainte-Victoire (1887) – Courtauld Institute of Art – Londres (Courtauld Institute of Art – Londres)

 Entre la Sainte-Victoire peinte en 1887 et celle réalisée vingt ans plus tard, il y a des années de recherche autour des volumes, de la lumière. Ce qui était dessiné avec une certaine précision devient suggéré par le pinceau de l’artiste qui voulait rendre l’émotion à la lumière.

Paul Cézanne – Sainte-Victoire vue des Lauves (1904-1906) – Kunstmuseum Bâle (Kunstmuseum Bâle)

Mais cette passion de Cézanne pour la Sainte-Victoire lui fut peut-être fatale : c’est lors d’une séance de travail sur la montagne que l’artiste aurait contracté la pneumonie qui allait lui coûter la vie.