Édouard MANET, « Un bar aux Folies-Bergères », 1882, H/t, 96 X 130 cm, Courtauld Gallery, Londres

Considérée comme la dernière grande œuvre de Manet qui meurt moins d´un an après l´avoir achevée, « Un bar aux Folies-Bergères », Manet est considéré comme un impressionniste réticent. Il a créé avec Le Déjeuner sur l´herbe un scandale au Salon des Refusés (1863). Il a pourtant reçu une éducation conventionnelle, élève de Couture, peintre académique, et a copié attentivement les maîtres anciens au musée du Louvre. Mais il est frappé par la modernité des estampes japonaises et par les théories de son ami le poète Charles Baudelaire, qui est aussi critique d´art et qui le supplie de devenir « un peintre de la vie moderne ». Cette manière tournée en dérision par les cercles officiels, le rend important et cher à un groupe d´artistes plus jeunes, les futurs Impressionnistes.

Manet se refuse à exposer avec eux, considérant que seul le Salon peut assurer le succès véritable. Il expérimente quand même la pratique de la peinture en plein air et son insistance sur la modernité deviendra le principe de base de l´Impressionnisme. Peintre de salon convaincu, car il respecte la tradition picturale française tout en la renouvelant. Jamais il n´exposera avec les Impressionnistes.

Dans ce tableau, on remarque trois plans topographiques : le bar au bas de la toile, l´espace de la serveuse, la zone du miroir.

Ces trois plans sont en réalité des lieux intermédiaires dans lesquels se produisent différents échanges-matériels, sociaux, et visuels. Il propose ici, une peinture fonctionnant sur un double niveau, descriptif et allégorique. L´artiste, déjà sérieusement malade, n´a plus la force de travailler sur le motif, il fait donc monter un bar factice chez lui, où une serveuse vient poser pour lui. La facture de Manet est ici attentive et précise, des détails du premier plan contrastant avec le flou de l´arrière-plan, peint de mémoire.

On peut aussi noter deux détails :

– comme sur un instantané moderne, les figures de Manet sont souvent coupées par le bord du tableau. On ne voit ainsi que les pieds du trapéziste, dans l´angle supérieur gauche.

Manet peint des étiquettes identifiables sur plusieurs bouteilles de vin, mais remplace l´inscription sur l´une entre elles par sa signature et la date (1882).