Riad Sattouf est un dessinateur et scénariste de bande-dessinée et réalisateur de cinéma. Il s’est fait connaître par ses strips, La vie secrète des jeunes publiés dans Charlie Hebdo et son film, Les Beaux Gosses, César du meilleur premier film. De père syrien et de mère française, il raconte son enfance dans les albums L’Arabe du futur, dont le tome II est paru en Finlande en mai 2016. 

Il a bien gentiment accepté de répondre à quelques questions de la Directrice de l’institut français de Finlande, Jeannette Bougrab.

Jeannette Bougrab : Riad, votre parcours est remarquable. Auteur reconnu unanimement par vos pairs, réalisateur de cinéma récompensé par un César, scénariste de talent, compositeur et acteur à vos heures perdues… Et vous n’avez que 37 ans. Comment est-ce possible ?

Riad Sattouf : Je ne sais trop que répondre ! J’essaie de faire de mon mieux à chaque fois! Disons que je suis de plus en plus maniaque au fur et à mesure que je vieillis. Nous sommes assaillis d’images, de films, éphémères et jetables, les choses vont de plus en plus vite. Et en ce qui me concerne, je ralentis ! Je mets le plus de soin possible dans l’élaboration de mes livres, je veux qu’on puisse les garder longtemps, les relire, en découvrir d’autres facettes…

JB : Vous faites partie des rares auteurs BD français traduits en finnois. Les Finlandais vous ont découvert lors de la publication de L’Arabe du futur. Ils ont salué votre travail artistique. Mais ils ont également apprécié votre approche à travers votre regard d’enfant de cette vie de nomade entre la Syrie, la Libye, l’Algérie et la France, de cette rencontre des cultures et en fond les autocraties. Auriez-vous pu imaginer un tel succès international sur un sujet si difficile et peu connu dans ces terres du Kalevala ?

RS : Non, je ne m’y attendais pas. Évidemment j’espérais que cela puisse intéresser les lecteurs, mais on ne sait jamais comment vont être prises les choses que l’on écrit ! Cela me fait très plaisir que mes histoires touchent des gens de cultures différentes. Cela me permet de voyager!

JB : L’Arabe du futur tome II est sorti en Finlande en mai 2016. Pouvez-vous nous révéler la trame du deuxième tome ?

RS.: Oui, il s’agit de ma première année d’école dans le village de Ter Maaleh, près de Homs. J’essaye de m’intégrer et de devenir un vrai Syrien ! J’apprends également les premiers rudiments du dessin avec une de mes cousines, Leïla…

JB : Connaissez-vous la Finlande ?

RS : Non, je n’y suis jamais allé mais je dois admettre que c’est un pays qui me fait beaucoup rêver. J’espère pouvoir m’y rendre bientôt. J’ai hâte !

JB : En France, vient de paraître Les Cahiers d’Esther, une petite fille de 10 ans. Pourquoi avoir choisi d’incarner ce personnage, peut-être en pensant à la petite Mafalda ?

RS : Non, en fait j’étais en train d’écrire L’Arabe du futur, et un jour, un couple d’amis est venu diner chez moi avec leur fille de 10 ans. Elle avait grandi et s’est mise à me raconter sa vie, son quotidien. Moi qui étais en train de raconter ma jeunesse au Moyen-Orient, dans les années 80, j’ai eu envie de raconter cette jeunesse française, de nos jours, pour la mettre en perspective avec la mienne. J’avais envie d’un nouveau regard sur le monde. Je l’ai donc donné à cette petite fille.

JB : Merci beaucoup.

 

Sa biographie

Entre Maghreb, Proche-Orient et France, Riad Sattouf passé son enfance sur les bords de la Méditerrannée, baigné dans l’univers graphique des bandes-dessinées que lui fait parvenir sa grand-mère. Né d’un père syrien et d’une mère française, il se nourrit de ce multiculturalisme pour réaliser ses premiers dessins.

Ce talent précoce lui permet d’intégrer la prestigieuse École des Gobelins dans le but de se consacrer aux films d’animation. Durant cette période, plusieurs éditeurs jeunesse lui passent commande de BD, sensibles et gourmands de son humour corrosif. Sa carrière prend un tournant avec sa collaboration avec les éditions Dargaud en 2003, qui éditent le premier tome des Pauvres aventures de Jérémie, Pays de la soif. Le second tome, Jolis pieds de Florence, paraît l’année suivante, ainsi que No Sex in New York.

Il porte la jeunesse comme son cheval de Troie, en publiant de nouvelles séries consacrées à ce sujet, à l’instar de Laura et Patrick : les jeunes de la jungle (2006) ou La Vie secrète des jeunes, bande-dessinée hebdomadaire disponible dans le journal satirique Charlie Hebdo.

En 2009, Riad Sattouf réalise son premier long-métrage, Les Beaux Gosses, relatant le quotidien désenchanté d’un adolescent loser. Il recevra le César du meilleur premier film.

Son plus grand succès reste à ce jour son album BD L’Arabe du futur : une jeunesse au Moyen-orient (1978-1984) récompensé notamment lors du 42e Festival d’Angoulême en 2015. Cette réussite le pousse à publier un second volet autobiographique L’Arabe du futur, tome 2. Une jeunesse au Moyent-Orient (1984-1985) qui paraît cette année dans une quinzaine de pays. Il a reçu la distinction de Chevalier des Arts et des Lettres en 2016 pour l’ensemble de son œuvre.

En parallèle de sa carrière d’auteur, on peut retrouver ses coups de crayons avisés toutes les semaines dans L’Obs à travers son personnage attachant Esther A.

Riad-sattouf-dessin-2