Gutave Courbet “l´Atelier du Peintre”, 1855, huile sur toile 361 X 598cm, Musée d´Orsay, Paris

Si le terme de “réalisme” est attesté avant Gustave Courbet, ce dernier est en tous cas l´un des chefs de file du mouvement, dont il restera le héraut, exprimant son engagement politique dans des peintures dont la technique exprime son exploit. Le terme de “réalisme” employé pour la première fois par Courbet vers 1846, s´entend par opposition au “naturalisme” pictural et s´intéresse au sujet, à la vie dans tous ses états, agités, voire brutaux ou troublants.

Né en Franche -Comté, Courbet arrive à Paris en 1840, et passe son temps à copier les maître du Louvre, ébloui surtout par Le Caravage et Vélasquez. Il expose pour la première fois au Salon en 1844. Après les premières œuvres, bien accueillies, le caractère anti-conventionnel des œuvres suivantes fait l´objet de scandales et Courbet s´oppose de plus en plus à l´ordre établi. Sensible aux théories socialistes, il refuse la Légion d´honneur que lui offre Napoléon III et soutient la Commune : en 1871, il est accusé d´avoir pris part à la destruction de la colonne Vendôme et condamné à payer sa restauration. Contraint de se réfugier en Suisse en 1873, il y demeure jusqu´à sa mort, en 1877.

L´Atelier se situe au seuil de l´art moderne. S´il a la forme d´une œuvre classique, les sujets en revanche sont contemporains. C´est aussi une œuvre très personnelle que l´artiste, lui-même considère comme une “allégorie réelle, de sept années de ma vie artistique et morale”.

Le tableau s´offre ouvertement à la lecture : assis à son chevalet devant un paysage, observé par un modèle nu et son enfant, l´artiste occupe le centre de la composition. Derrière la toile qu´il peint, sur la gauche, un groupe d´hommes du peuple, sur la droite, dans la pénombre, quelques-uns des amis de Courbet, certains ayant exercés leur influence sur sa pensée et son œuvre : le poète et critique Charles Baudelaire, assis sur une table, George Sand, le socialiste Pierre-Joseph Proudhon, le romancier Champfleury, assis derrière le peintre, son mécène Alfred Bruyas et d´autres encore. L´élément le plus remarquable de la composition tient au traitement du flou du mur : le paysage qui se devine au-delà se fond avec l´intérieur de la pièce. Courbet, finalement, nous montre le monde défilant dans son atelier pour être peint.