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Septentrionales 2025 : un voyage entre souvenirs et réalité

La deuxième édition de Septentrionales étant arrivée à son terme, nous vous proposons un retour sur le parcours de la lauréate Madalena Valencia et sur l’impact de la résidence sur son long-métrage « Things that fall ».

La deuxième édition de la résidence d’exploration artistique itinérante et éco-responsable Septentrionales s’est achevée, laissant derrière elle un voyage dense et inspirant. Ce programme a conduit la lauréate, Madalena Valencia, réalisatrice américaine installée en France depuis ses douze ans, en voyage de création artistique à travers le Danemark, la Norvège, la Suède puis la Finlande.

Composée de 17 étapes à travers les pays nordiques, la résidence a nourri l’écriture de son long-métrage « Things that fall » (Les choses qui tombent), intimement lié à ses souvenirs d’enfance dans ces mêmes territoires.

Reconciliation des souvenirs d’enfance et de la réalité

Fille d’une famille de circassien·ne·s itinérant·e·s, Madalena a passé plusieurs années de son enfance en Finlande, en Suède et au Danemark. Ces expériences forment la matrice de son projet de film, centré sur la relation entre une enfant et sa mère, femme-canon dans un cirque itinérant en Laponie.

Installée en France depuis sa préadolescence, la réalisatrice ressentait un besoin fort de revisiter ces lieux fondateurs pour les regarder avec des yeux d’adulte. Certains endroits, autrefois parcourus en famille, étaient aujourd’hui désertés ; d’anciens compagnons de route connus dans l’enfance ont pris des postes à responsabilités au sein de la compagnie. Le voyage n’a donc pas seulement été géographique : il a ouvert une brèche temporelle qui a influencé l’écriture du film autant que l’artiste elle-même.

“Dans mon souvenir, le terrain du cirque était dans l’herbe, perché sur une colline, avec un toboggan en fer qui descendait jusqu’à un terrain de jeux en bord de rivière. J’y suis allée, et le vrai terrain était complètement plat, boueux, sans toboggan, sous une autoroute… mais quand même près de la rivière.”

Madalena, le 14/09/2025, Rovaniemi, Finlande. Carnet de voyage.

Enrichissement du travail artistique

Au-delà de la confrontation entre mémoire et réalité, les rencontres ont joué un rôle décisif dans l’évolution du projet de la lauréate.

À Samstund, en Norvège, un théâtre accueillant de nombreux artistes internationaux lui permet de découvrir le travail de l’artiste iranienne Sayeh Sirvani. Les marionnettes difformes, grandeur nature, attachées à l’artiste sur scène, résonnent profondément avec les questionnements de Madalena sur la représentation du corps — notamment du corps féminin — sur scène. Elles font écho aux thèmes de souffrance, de contrainte et de libération qui irriguent son film, centré sur une femme-canon et sa fille à l’aube de l’adolescence.

Les rencontres professionnelles s’entremêlent ainsi à des moments de vie plus ordinaires: des dîners chez l’habitant, visites de lieux culturels ou de lieux de sociabilité comme les piscines municipales, lieux inattendus où se croisent l’univers du cirque et celui des villes qui l’accueillent.

Avenir

« Je savais que cette résidence était indispensable à la suite de l’écriture de mon film, qu’elle était importante pour moi à plusieurs niveaux, mais je crois que je n’avais pas pleinement mesuré mon rapport à certains de ces pays nordiques, et combien le fait de les parcourir à nouveau, serait une expérience intime, qui me dépasse, et que je n’arrive pas encore tout à fait à comprendre moi-même. »

-Madalena, le 29/09/2025, Stockholm, Suède. Carnet de voyage.

Selon l’artiste, la résidence a nourri son travail autant qu’elle a tissé de nouveaux liens avec la scène artistique locale. Parmi les rencontres effectuées, on peut citer notamment des échanges avec des professionnel·le·s partageant ses préoccupations, dont une productrice de cirque française basée à Stockholm, un collectif d’artistes à Skagen, Danemark, ou bien une réalisatrice finlandaise rencontrée au Festival international du film de Helsinki, ouverte aux collaborations. Ces échanges, combinés au contact quotidien avec les habitant·e·s, ont également enrichi sa compréhension des pays nordiques et notamment de la Laponie, cadre central de son film.

La résidence

Septentrionales est un programme des Instituts français du Danemark, de Norvège, de Suède et de Finlande. Il est soutenu par la Fabrique des résidences de l’Institut français. Pour en savoir plus sur le programme, rendez-vous sur https://septentrionales.com/ .