Dans les coulisses de Crafted Connections : les premières semaines de résidence
À quelques jours seulement de l’ouverture de l’exposition Crafted Connections, voici en avant-première un aperçu du travail de nos trois duos d’artistes.
Cécile Gray & Hanna-Kaisa Korolainen : du contraste à l’harmonie
Pour Hanna-Kaisa et Cécile, le point de départ était un contraste évident.
Toutes deux travaillent le textile, mais le feutrage à l’aiguille et le tufting pratiqués par Hanna-Kaisa semblent presque à l’opposé des délicates structures en fil métallique doré de Cécile. Leur défi n’était donc pas simplement de faire dialoguer deux techniques, mais de trouver un langage visuel capable de leur donner une place à toutes les deux.
La nature s’est rapidement imposée comme un terrain partagé. Les deux artistes ont passé du temps à dessiner dans le jardin de Hanna-Kaisa, se servant des plantes et des fleurs comme une source d’inspiration commune.
« Finalement, dans la végétation, il y a beaucoup de géométrie », constate Cécile.
C’est de là qu’est née l’idée d’une pièce en feutre aiguilleté aux couleurs inspirées du jardin, accompagnée d’un motif métallique géométrique imaginé par Cécile, conçu pour capter et refléter la lumière.
Si la rencontre entre leurs deux univers peut sembler surprenante au premier abord, les artistes envisagent déjà la possibilité de poursuivre leur collaboration, que ce soit dans le cadre d’une nouvelle exposition ou en développant davantage le travail amorcé pendant la résidence.
« Au moins, on pourrait se retrouver dans une exposition. Et peut-être, pour les œuvres, si jamais on fait quelque chose de bien avec Cécile, on va les proposer pour un biennal de textile européenne, il y en a dans plein plein de pays », explique Hanna-Kaisa.
Paul Flanders & Pierre-Henri Beyssac : réinventer la marqueterie
Pour les artisans du bois Paul et Pierre-Henri, la collaboration est née d’une autre forme d’étincelle : tous deux souhaitaient travailler autour de la marqueterie, une technique dont Pierre-Henri est spécialiste. En revanche, les lames disponibles dans l’atelier de Paul n’étaient pas adaptées à cette pratique très fine et décorative.
Dans l’histoire, la marqueterie était décrite comme une manière de « peindre avec du bois », puisqu’elle consistait à assembler de fines feuilles de différentes essences pour créer des motifs évoquant des coups de pinceau, des paysages ou encore des jeux de lumière.
Pour cela, ce duo franco-finlandais a choisi de revisiter à leur manière cette idée de « peinture sur bois ». Les deux artistes conçoivent leurs propres outils en bois — rouleaux, tampons, pinceaux et autres instruments — afin d’appliquer des couleurs et des motifs sur des placages. Ces derniers, une fois marqués, seront ensuite découpés et intégrés à la marqueterie elle-même, faisant ainsi écho au principe originel de la technique.
Les outils ne sont donc pas de simples moyens au service d’un résultat final : ils deviennent eux-mêmes partie intégrante de la recherche du duo pour développer un nouveau langage visuel.
La question du langage visuel est d’ailleurs revenue à plusieurs reprises dans leurs échanges.
« Quand on parle de peintres, on peut souvent reconnaître leur manière de peindre à la façon dont ils appuient sur le pinceau, à la quantité de peinture qu’ils utilisent ou à l’épaisseur de la matière. Cela crée une signature. Aujourd’hui, comme les choses deviennent plus automatisées, réalisées par ordinateur ou par des machines, cette trace disparaît : tout devient identique », explique Paul.
La résidence a également permis aux deux artistes de découvrir les cultures du travail du bois propres à leurs pays respectifs. Pour Paul, l’une des grandes découvertes de cette collaboration a été l’histoire de la marqueterie, vieille de près de quatre siècles, et tout ce qu’elle implique en matière de savoir-faire et de règles, mais aussi la manière plus expérimentale dont Pierre-Henri s’en empare aujourd’hui.
Pour Pierre-Henri, c’est surtout le bois finlandais qui s’est révélé particulièrement intéressant :
« En France, […] je travaille avec beaucoup d’essences différentes, provenant du monde entier. Ici, nous travaillons avec ce que nous avons trouvé en Finlande. […] Et je pense que cela fait partie de votre culture, de la manière dont vous fabriquez vos chaises et développez votre propre design. La nature reste visible dans le résultat final. »
Merileena Reunanen & Karelle Couturier : le droit de ralentir
L’artiste céramiste Merileena et l’experte en vannerie Karelle ont trouvé leur terrain d’entente presque immédiatement.
Lorsque Karelle a découvert le travail de Merileena sur internet, elle a ressenti une connexion immédiate. Elle avait auparavant voyagé au Japon, où elle s’était intéressée aux techniques et aux matériaux japonais, notamment à la place accordée au vide et à l’espace. Dans le travail de Karelle, Merileena a retrouvé une sensibilité similaire : un intérêt partagé pour les matériaux naturels, la tranquillité et la création d’espaces où l’on peut simplement être.
Leurs premiers objets crées par le duo sont des plateaux, inspirés en partie de la culture japonaise du thé. Les deux artistes cherchaient à trouver une manière de faire dialoguer leurs savoir-faire autour d’objets à la fois fonctionnels et sculpturaux. Leurs expérimentations associent notamment l’argile et le bambou, les deux matériaux étant intégrés au sein d’un même objet. Même pendant l’exposition chez Stockmann, les visiteurs auront la possibilité de s’asseoir avec Merileena autour d’une tasse de thé.
Au-delà de la culture du thé, Merileena s’intéresse particulièrement aux pierres et à leurs formes arrondies et irrégulières. Cette fascination les a conduites vers la seconde partie de leur collaboration : un petit village de nids, peuplé d’oiseaux et relié par différentes structures.
« Même pour ce nid, tout est en quelque sorte parti des pierres et de leurs formes. J’ai proposé cette idée (des nids) à Karelle, notamment parce que mon père coupait du bois dans notre maison d’été et qu’il y avait beaucoup de chutes de matériaux. Je me suis alors dit qu’il pourrait y avoir une très longue échelle faite de bâtons, qui mènerait jusqu’au nid, tout en descendant jusqu’au sol. Puis Karelle a suggéré que les échelles puissent relier les différents nids entre eux et qu’elle puisse y ajouter les oiseaux. »
Derrière le caractère ludique de ces nids d’oiseaux se trouve la même intention qui les avait réunies au départ : créer un espace paisible pour le visiteur.
À quoi s’attendre de l’exposition
À travers les trois collaborations, un même schéma se dessine : les artistes ne se contentent pas de faire se rencontrer leurs techniques. Ils confrontent leurs habitudes de travail à la manière de penser et de créer de quelqu’un d’autre.
C’est peut-être là que réside la véritable matière de Crafted Connections.
L’exposition, qui ouvrira ses portes le 27 août à l’occasion de la Helsinki Design Week, présentera les objets nés de ce processus — feutre et métal, bois et marqueterie, céramique et vannerie. Mais derrière ces pièces achevées se trouve un autre résultat, plus discret : de nouvelles méthodes, de nouvelles relations, et peut-être la possibilité que certaines de ces collaborations nées le temps d’une résidence se poursuivent bien au-delà de celle-ci.
